Layetterie Benoit-Gonin
Un savoir-faire du 19ème siècle remis au goût du jour

La « layette » vient du mot  « laeye » « tiroir, coffret » en flamand, et à la fin du XIXème siècle, de nombreuses entreprises du Haut-Jura fabriquaient ces petits meubles pour les horlogers et bijoutiers ayant des collections à ranger. Entre 1850 et 1920, plus d'une quinzaine d'entreprise sont répertoriées. La dernière de France et d'Europe, la Layetterie Benoit-Gonin a fermé en 2010. Quatre ans plus tard, Bruno Marielle rachète le nom, les machines, relance le catalogue et propose des nouveautés à base de bois local.

Comment un architecte devient-il un « layetier » métier qui « tourne autour du tiroir », par « la fabrication d'éléments de rangement à tiroirs, sans autre finition qu'un ponçage fin ? Par hasard. Et en suivant son destin. Petit, Bruno Marielle apprend le ski près de Lajoux et à sept  ans, visite la layetterie. En 2013, lors de vacances dans le secteur, il apprend que la dernière layetterie de France a fermé ses portes quelques années plus tôt.  « J'avais une agence d'architecture depuis 1997, j'ai réfléchi et j'ai fait le pas ». Déjà une vingtaine de repreneurs ont voulu faire repartir la Layetterie Benoit-Gonin mais lui va parvenir à monter un projet viable pour donner une nouvelle dimension à une entreprise familiale depuis 1829. Il s'installe dans le village et perfectionne cet art de grande précision, en travaillant le bois, technique qu'il pratique pour son plaisir depuis l'enfance.

Dimension environnementale : circuit court

« La layetterie était une activité de complément pour les agriculteurs qui travaillaient des bois d'épicéa choisis dans les forêts proches ». Sur cette idée de valorisation locale de l'environnement, Bruno Marielle privilégie à son tour le circuit court en choisissant sa matière première dans les forêts « en altitude, à quelques kilomètres de Lajoux ». « Cette dimension est très importante, et les colles utilisées sont produites avec un minimum de produits chimiques », souligne le rapporteur du projet, Daniel Voutier, d'Initiative Savoie.

Valorisation territoriale

« Située en zone de revitalisation rurale (ZRR), c'est une activité emblématique sur le secteur, inscrite au patrimoine vivant qui fait rayonner Lajoux  », poursuit  Daniel Voutier. « Le projet de vie de cet entrepreneur est courageux, et très structuré puisqu'il appuie sa commercialisation sur une clientèle d'horlogers et de bijoutiers mais aussi sur les touristes et les collectionneurs du monde entier ».

Dimension sociale

Bruno Marielle a proposé en 2015 deux stages en atelier, en collaboration avec l'Atelier des Savoir-faire de Ravilloles, pour sensibiliser à la layetterie les personnes intéressées par cette technique. Il a engagé un salarié, handicapé, qui détient le savoir-faire, .

Dimension internationale

La Layetterie Benoit-Gonin vendait ses objets à seize pays, « alors qu'ils étaient fabriqués dans un atelier de 100 m² », souligne le nouveau dirigeant de l'entreprise. Il fabrique des modèles qui existaient dans le catalogue de son prédécesseur et qui restent traditionnellement appréciés par ses clients (Genève est à 40 km de Lajoux) à l'international. Il a très vite reconquis ceux-ci par la qualité de ses objets. Prochain objectif : développer des associations avec d'autres matériaux comme des feutres de laine, des tiroirs vitrés ou de petites poignées en tôle émaillée, pour des meubles destinés à  « un marché de niche », haut de gamme, élitiste et particulièrement exigeant.